OGM : la pomme de terre Amflora autorisée à la culture

La pomme de Terre Amflora (EH92-527-1) a été modifiée par transgénèse afin de contenir un taux d’amidon, sous forme d’amylopectine, plus élevé. L’amylopectine intéresse l’industrie pour la fabrication de textiles, béton ou papier. Selon le dossier déposé par l’entreprise, l’industrie du papier serait la principale destinataire de l’amidon produit par cette PGM. Autre caractéristique, la pomme de terre Amflora contient le gène nptII qui confère une résistance à l’antibiotique kanamycine. Or pour ce dernier, les experts sont en conflit : ceux de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) considèrent que l’utilisation d’un gène de résistance à la kanamycine n’est pas problématique ; ceux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en revanche, considèrent qu’il s’agit d’un antibiotique important en médecine qu’il importe donc de préserver en limitant la possibilité de création de bactéries résistantes par la diffusion du gène nptII.
Les risques
Principal risque pour la médecine : rendre l’antibiotique kanamycine inopérant à terme (voir ci-dessus). Concernant les impacts sur l’environnement, il est à noter que la pomme de terre GM n’avait été testée aux champs que dans un seul pays, la Suède, au moment du dépôt des dossiers d’autorisation (cf. dossier UK/2005/14). Si les essais en champs ont donc bien eu lieu, la question de leur exhaustivité est tout de même posée puisque la Suède ne peut que difficilement prétendre représenter l’ensemble des paysages de culture européens. Notons que des essais en champs ont été réalisés depuis dans d’autres pays, mais seulement après que les dossiers de demande d’autorisation aient été montés et envoyés...
L’Amflora n’est pas nécessaire
En Allemagne, un projet mené par Emsland Group et Europlant a permis la mise au point, par des méthodes de sélection conventionnelle, d’une pomme de terre qui possède le même intérêt que la pomme de terre Amflora, à savoir une haute teneur en amylopectine. Cette nouvelle pomme de terre est donc une alternative moins risquée, car sans transgène, à la pomme de terre Amflora.
Qui va cultiver cette pomme de terre en Europe ?
La question est donc désormais de savoir qui pourrait être intéressé par cultiver cette pomme de terre. D’après la Commission européenne, la culture de cette pomme de terre serait envisagée par BASF dès avril 2010, en République Tchèque et en Allemagne. Les années suivantes, elle pourrait avoir également lieu aux Pays-Bas et en Suède.
En Allemagne, BASF a d’ores et déjà organisé les cultures. D’après Simone Knorr, responsable de l’association allemande Informationdienst Gentechnik [6], quelques agriculteurs ont déjà déclaré aux autorités compétentes leurs champs comme accueillant des pommes de terre transgéniques pour être prêts au cas où l’autorisation serait délivrée avant les semis. Ces quelques agriculteurs sont proches de l’entreprise BASF.
A noter qu’en Allemagne, depuis plusieurs années, des essais en champ de pomme de terre Amflora ont eu lieu. Les derniers essais auraient ainsi servi à produire les plants nécessaires à mise en culture commerciale.
Par rapport à ces essais, l’opposition allemande a, à plusieurs reprises, déposé des questions au gouvernement, sur la localisation des parcelles d’essais, sur le niveau de productivité des pommes de terre GM testées, sur le devenir des pommes de terre issues de ces essais, et sur les conditions de sécurité et de contrôle de ces essais. Ces questions sont restées pour l’instant sans réponse.
En France, Inf’OGM a cherché à connaître la position des professionnels de la filière « pomme de terre » par rapport à cette autorisation imminente. Ils ont pu joindre seulement le responsable de la Chambre syndicale professionnelle nationale de la féculerie de pomme de terre qui leur a répondu, brièvement. Son organisation n’a pas de position particulière sur ce dossier, mais en tant que syndicat interprofessionnel, la priorité, précise-t-il, est d’être à l’écoute de ses clients, eux-mêmes à l’écoute des consommateurs. Ainsi, actuellement, il n’est donc pas question d’acheter des produits GM. Il ajoute : « La situation est bloquée et ça ne sert à rien de vouloir la débloquer quand elle n’est pas mûre ».
